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In cauda venenum

De l’agneau à la tarentule

Le portrait de dévotion classique met en scène une femme tenant un animal allégorique : l’agneau du Christ, l’hermine de la pureté, la licorne de la chasteté. Le sens y est fixe, univoque.

Cette série reprend le même geste, aimant et grave, mais déplace ce qu’il désigne. Une tarentule, un crocodile, une grenouille venimeuse, tenues avec la même douceur que l’agneau de Zurbarán.

C’est là que le motif touche à quelque chose de plus intime : la façon dont on continue de porter ce dont on a déjà senti la morsure ou le dard. La tendresse n’efface rien de la menace. Elle la contient, sans la résoudre.

Le conte de fées récompense celle qui aime la bête en la transformant sous son regard. Ici, rien ne se transforme. La tarentule reste venimeuse, la grenouille garde son poison.  Aimer ne fait pas céder le danger, le savoir ne sauve pas.

Le prince toxique

Genèse (In cauda venenum)

Les créatures sont arrivées avant l’idée. Après l’agneau (copie de Zurbaràn), il y a eu un crocodile, posé sur les genoux d’une dame. Puis la mygale, la pieuvre et d’autres encore. Je ne les ai pas vraiment choisies, elles se sont imposées. Une chauve-souris, un serpent et un scorpion sont encore en gestation.

C’est seulement avec le recul que j’ai compris d’où elles venaient. Juste avant de commencer la série avec la dame à l’agneau, j’avais appris que ma fille vivait une relation toxique avec un homme violent. La peinture a commencé à en parler avant moi. Ces femmes qui tiennent des monstres, c’était ma façon de montrer une chose que je ne voulais ni ne pouvais regarder en face.

Son histoire lui appartient, et c’est à elle de la partager. Mais c’est d’elle que cette série est née. 

La dame à l’axoloti (work in progress)
La dame au scorpion (work in progress)

« In cauda venenum » est devenu le titre de la série, parce que l’expression dit presque tout. Le venin arrive tard, dans une histoire qui avait bien commencé. Il se cache là où on ne regarde pas, dans la queue, comme chez le scorpion,. Et dans son sens latin plus scabreux, il est lié au désir lui-même : le danger vient de ce qu’on aime.

In cauda venenum – From the Lamb to the Tarantula

The classical devotional portrait depicts a woman holding an allegorical animal: the Lamb of Christ, the ermine of purity, the unicorn of chastity. The meaning there is fixed, univocal.

This series keeps the same gesture, tender and grave, but shifts what it points to. A tarantula, a crocodile, a venomous frog, held with the same gentleness as Zurbarán’s lamb.

This is where the motif touches something more intimate: the way one keeps carrying what one has already felt bite or sting. Tenderness erases nothing of the threat. It holds it, without resolving it.

The fairy tale rewards the one who loves the beast by transforming it under her gaze. Here, nothing transforms. The tarantula stays venomous, the frog keeps its poison. Love doesn’t make danger yield, and knowing that doesn’t save.

Genesis

The creatures came before the idea. After the lamb came a crocodile, resting on a lady’s lap. Then the tarantula, the octopus and others. I didn’t really choose them; they imposed themselves. A bat, a snake and a scorpion are still in gestation.

Only in hindsight did I understand where they came from. Just before I began the series with the lady with the lamb, I had learned that my daughter was in a toxic relationship. The painting started talking about it before I did. These women holding monsters were my way of showing something I would not, or could not, face.

Her story belongs to her, and it is hers to share. But it is from her story that this series was born

« In cauda venenum » became the title of the series, because the phrase says almost everything. The venom comes late, in a story that began well, as it so often does. It hides in the animal’s tail, as with the scorpion, where no one looks. And in its bawdier Latin sense, it is bound up with desire itself: the danger comes from what we love, which is exactly why it is so hard to break free.

Huile sur bois, 2024. Interprétations de la « Dame à la licorne » et la « Dame à l’hermine ». Le focus est clairement sur les animaux (on remarquera que la licorne semble un croisement entre chat et cheval…)

Ces interprétations de portraits célèbres ont servi à préparer le projet personnel « in cauda venenum ».

These interpretations of famous portraits served to prepare a personal project, currently work in progress : « in cauda venenum ».

Meanwhile, au Louvre: (une partie) des muses (Zurbaran)

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